Quelle est la part de mythe véhiculée au sujet des voyageurs? Ceux-ci possédaient-ils tout le romantisme et la robustesse qu'on leur attribue aujourd'hui? De nos jours, la frontière entre la réalité historique et le mythe est difficile à délimiter, étant donné l'écart qui sépare notre contexte moderne de l'époque des fourrures. Sans compter que la propension de l'homme à exagérer pour susciter l'intérêt est telle que certains faits sont de toute évidence amplifiés. Mais à quel point?
L'histoire n'a pas retenu tous les voyageurs. En fait, les historiens s'intéressent surtout aux dignitaires s'étant démarqués par leur héroïsme et leur leadership, même si ces personnages ne sont pas seuls à accomplir les exploits. Il ne faut pas perdre de vue que les dirigeants dépendent des voyageurs qui, eux-mêmes, comptent sur les Autochtones.
Mackenzie et son équipage sont les premiers hommes blancs au nord du Mexique à atteindre la côte du Pacifique par voie terrestre.
Parce qu'elles possèdent une certaine intemporalité, plusieurs légendes n'ont jamais cessé d'être transmises. Elles mettent en scène les peurs d'autrefois qui hantent aujourd'hui notre inconscient collectif.
Ainsi, la légende de Jean Cadieux illustre la crainte de la nature hostile en racontant comment un voyageur meurt de faim et d'épuisement en sauvant son équipage d'une embuscade. Une autre légende, où deux canoteurs qui naviguent sur des eaux tumultueuses sont pourchassés par un grizzly, évoque la crainte des ours et des rapides.
La légende de la chasse-galerie, quant à elle, aborde l'éloignement en rapportant l'histoire de bûcherons isolés qui tentent, par des moyens peu catholiques, de visiter leurs familles.
Cette légende autochtone était contée à bord des canots par les voyageurs qui naviguaient sur la rivière des Français. Un groupe d'Amérindiens campaient près des rapides du Petit Parisien alors qu'ils perdirent un de leurs enfants. Ils ne voyaient pas le disparu, mais étrangement ils pouvaient entendre ses cris et ses lamentations à proximité. Ils creusèrent des trous dans l'espoir de retrouver le bambin, sans succès. Ils conclurent qu'un esprit malfaisant avait enlevé l'enfant perdu et le déplaçait d'un endroit à un autre, ce qui expliquait pourquoi le petit avait disparu sans laisser de traces.
Le passage suivant, souvent cité, mais d'origine incertaine, saisit bien l'esprit du voyageur à l'époque du commerce des fourrures
« Comme l'a dit l'un de ces hommes qui avait dépassé depuis longtemps l'âge de soixante-dix ans : 'je pouvais transporter, pagayer, marcher et chanter avec tout homme que je rencontrais. J'ai travaillé dans un canot depuis vingt-quatre ans et j'ai quarante et un ans de service. Aucun portage n'a jamais été trop long pour moi. Je pouvais chanter cinquante chansons. J'ai sauvé la vie de dix voyageurs. J'ai eu douze femmes et six chiens. J'ai dépensé tout mon argent à me faire plaisir. Si je redevenais jeune, je passerais ma vie de la même façon. Aucune vie n'est plus heureuse que celle du voyageur!' »
Précédent | Retour au haut de la page | Suivant |